Semaine 3
Pas grand-chose à dire sur cette semaine, qui fut plutôt calme… Deux d’entre nous furent très malades et vécurent de spasfon pendant 2 jours. Moi-même je ne faisais pas trop le malin hier avec mes crampes d’estomac.
Les vendeurs de peintures traditionnelles
Cela faisait plusieurs jours que je chinais au dernier étage d’une des tours du marché des fleurs et des oiseaux (on y vend plus que cela depuis longtemps), pour admirer et me familiariser avec les peintures traditionnelles. Accessoirement je voulais aussi pour faire un peu d’intelligence économique et me renseigner sur les prix : les vendeurs changent tous les jours ! C’est pratique si on veut insister et tenter sa chance sur un prix vraiment bas plusieurs jours de suite. La règle semble être d’obtenir 50% de réduction. Comme ça en plus je pratique mes chiffres et quelques mots. Bref, je m’amuse.
Samedi, les autres m’ont accompagné et nous nous sommes lancés dans différentes négociations. Anthony avec qui je me baladais trouve tout à coup une peinture qui semble valoir le détour. C’est un paysage calme, avec de beaux traits et peu de couleurs. Pas trop kitsch et correct. On demande le prix, on le fait mettre près de la lumière. Dommage, il y a une trace au milieu. On le fait comprendre à la vendeuse qui se précipite alors dehors et revient avec ... un rouleau de scotch. En le collant et le décollant, elle entreprend alors méthodiquement d’effacer la tâche et de massacrer la toile ! On s’est enfuis en courant. On n’y retournera pas de sitôt chez celle là.
Les contrefaçons
Nous avons assisté à une fantastique conférence de Mr Velot sur les arcanes de la contrefaçon en Chine. Ce terme recouvre en fait de nombreuses situations différentes : je vais essayer de vous en donner un aperçu rapide de ce que cela recouvre.
Utilisation de la marque :
Deux exemples permettent de comprendre ce phénomène : NEC (entreprise qui fait de l’électronique genre lecteurs DVD, MP3s, …) et Nike (vous connaissez) ont découvert sur le marché asiatique des produits portant leur logo mais qui n’avaient pas été conçus ni dessinés par eux. Ces modèles marchaient bien et concurrençaient les autres produits de ces marques. L’enquête de Nike a ainsi mis à jour près de 50 usines illégales de ce type rien qu’en Chine territoriale (pas HongKong ni Taiwan). Celle de NEC a fournit des résultats similaires.
Copie fonctionnelle :
Ces cas là sont plus courants et dus au système économique chinois : pour ouvrir une usine en Chine, il faut faire une joint venture. Ce qui suppose la transmission d’un minimum de connaissances et de savoir faire de la partie occidentale à al partie chinoise.
Le plus souvent le patron ou un autre personnage de la hiérarchie récupère alors l’ensemble des données dont il a besoin et monte à 50m de là une usine identique avec un rendement bien meilleur, tout en exploitant sans vergogne brevets et procédés déposés.
Ou alors, du fait de la difficulté de compter tout ce qui entre et sort (on est loin d’un standard qualité totale), on a affaire à une surproduction dont la hiérarchie non chinoise n’entend jamais parler, et qui est revendue sous le manteau.
Ces copies sont dommageables aux entreprises « légales », mais la qualité reste assez proche de l’original.
Arnaque :
Un cas encore beaucoup trop fréquent et extrêmement dangereux pour l’utilisateur. Ici, le but est de reproduire uniquement l’apparence de l’objet cible. Un cas bénin est le faux Ipod vendu 20€ qui a une heure de batterie, 500Mo de mémoire et une interface pourrie.
On en parle moins, mais des faux freins de voiture ont été trouvés …. en thé compressé ! De faux bus ont aussi été glissés pour compléter la livraison d’un appel d’offre : des moteurs de tracteurs à la décharge, un peu de chaudronnerie, quelques soudures et hop !
Pour des raisons similaires, les copies bon marchés de jeux sont dangereuses car elles ne vérifient pas les critères de santé européen, en particuliers ceux destinés aux enfants en bas âge : ne pas comporter de petits morceaux, de produits toxiques, …
Conclusion :
Pour comprendre la contrefaçon en Chine, il faut savoir que copier est un fait culturel chinois. Depuis plusieurs millénaires, la copie d’objets en jade ou de peintures a été une industrie. Il existait même des entreprises impériales de copie d’objets d’art. Copier est considéré comme une façon d’honorer le passé.
D’un point de vue archéologique, cela pose de nombreux problèmes, car une tombe contient ainsi des pièces copiées, des éléments retravaillés pour être au goût du jour, des objets qui ont été déterrés et enterrés plusieurs fois ! Rien n’est donc réellement « d’époque ».
D’un point de vue plus moderne, la copie est encore le meilleur moyen d’assimiler un procédé. La copie est donc un excellent moyen pour faire le point sur une technologie avant de commencer les développements technologiques. D’un point de vue intelligence économique, les joint-ventures avec l’occident sont donc un excellent moyen pour les chinois de faire le point sur une technologie. Quand on sait que leur système universitaire et de recherche est calqué sur celui des Etats-Unis et le budget investit dans la recherche il est clair que ces échanges technologiques cesseront à moyen terme. A titre indicatif, les publications scientifiques chinoises ont triplé depuis 2002.
Les jeux chinois
Le Mah-jong :
Un jeu intéressant. Le jeu de rue typique des chinois, dans lequel bien entendu l’argent entre en jeu. On distribue des dominos selon une règle assez compliquée : chaque joueur en obtient 14, le reste étant le sabot de pioche. Il y a 4 « familles » : 3 sont différentes manières de compter de 1 à 9, la dernière est constituée des points cardinaux, d’un oiseau, et d’un signe porte chance.
Le but est proche du rami : on doit faire des suites de 3 ou des triplets de valeur équivalente. La famille des points cardinaux n’ayant point de système ordinal, on ne peut faire que des familles de signe équivalent… les chinois s’en débarrassent donc au plus vite. Le but est de finir avec 4 triplets et une paire. Chacun pioche et rejette un domino face découverte lorsque c’est son tour. Des règles régissent ce qui peut être récupéré parmi ce qui est posé face découverte. Les parties durent entre 5 et 15 minutes selon l’attention et la rapidité des joueurs.
Les échecs chinois :
De même principe que les échecs internationaux, avec quelques règles propres. Tout d’abord, les pièces : il n’y a pas de reine, le roi est protégé par 2 soldats qui comme lui ne doivent pas sortir d’un carré de 3 cases de côté. Les pions peuvent se déplacer latéralement après la moitié du terrain, le fou ne peut sortir de la moitié de terrain du joueur. Il existe une pièce supplémentaire qui ressemble à la tour sauf qu’il doit y avoir une pièce entre elle et la pièce qu’elle attaque. Il est dur de se repérer sur le terrain : ce sont des galets avec des signes qui signalent les unités.
Les déplacements sont relativement similaires sauf que l’on les effectue non sur les cases mais sur les intersections. La rivière au milieu du terrain marque un point critique pour plusieurs pièces (pions, fou).
Dans l’ensemble les parties sont plus rapides, principalement à cause du faible déplacement du roi, ce qui facilite les mises en échec.
Le Go :
J’ai assez peu suivi puisque j’ai fait surtout le mah-jong ; tout ce que j’ai retenu, c’est que Benoît est mauvais car il s’est fait encercler.
On le voit marcher mais on est incapables de le faire
Le titre est explicite, on va ici parler des bouliers et des vases cracheurs !
Le vase cracheur :
Non, bien que les chinois crachent beaucoup, ce n’est pas d’un crachoir qu’il est ici question. En posant ses mains sur les poignées, une personne TRES expérimentée peut, après maints frottements, susciter des ondes dans l’eau qui aboutissent à un faible clapotis puis à des vagues et enfin des projections d’eau. Ne me demandez pas quelle est l’application pratique : ça, personne n’a su me le dire.
Les bouliers :
Vous verrez sûrement des commerçants faire un calcul à la calculette puis courir le reproduire sur leur boulier pour être sûrs. Le boulier est censément très fiable, et les personnes qui ont de la pratique sont très rapides, c’est indéniable. La pratique du boulier est assimilée à celle des arts martiaux : il y a des rangs d’utilisateurs, des concours. Bon, en gros, nous on a utilisé un boulier simplifié par les japonais : il y a des colonnes de 4 billes avec au dessus une 5ème. Chaque colonne est une puissance de 10. On a appris à compter, mais déjà l’addition c’était trop compliqué pour le niveau de français de nos amis chinois, et quand on a parlé de division, ils ont ri. Bref, donc on sait pas faire, mais eux peuvent faire des racines avec, des puissances, … fantastique non ?
Remerciements
Un grand merci au petit Mathieu Goigoux, à sa famille, et à ses ami(e)s pour la séance formidable qu’ils m’ont offert à la Poste chinoise ce lundi midi…
Faut dire aussi que j’aurais du me méfier quand Mathieu m’a demandé d’aller lui poster ses lettres en même temps que les miennes : moi j’avais que 5 cartes à poster, puisque le reste était parti au fur et à mesure les semaines précédentes. Mathieu m’a donné 27 cartes. Ce qui fait, avec 3 timbres par cartes pas moins de 81 timbres (j’ai eu le temps de compter) à coller avec ma petite langue. Petite langue qui ne va pas tarder à succomber d’un cancer vu les quantités de colle qu’elle vient de se prendre. Moralité, le prochain timbre vous coûtera une bière !
Tout ça pour dire que assis dans mon coin à coller mes timbres comme un galérien pendant presque une demi heure, je suis passé pour un sacré clown. Autant vous dire que ces lettres ont intérêt à faire plaisir et à arriver !
Alexandre